C’est avec un guitariste français, en Angleterre, que Nadéah fonde son premier groupe, the Lovegods. Repérée par l’influente Radio One, cette furieuse formation électrique se produit en première partie de Nick Cave ou de Franz Ferdinand et, grâce au bouche-à- oreille, s’attire un public de fidèles pour ses concerts. Après deux albums sortis en indépendants, l’aventure se termine de manière abrupte. Retour à la case départ pour Nadéah qui débarque à Paris. Mais sa guitare ne l’a pas quittée. Et elle ne peut lutter contre son destin. Par hasard, elle rencontre le chef d’orchestre et compositeur Nicola Tescari. De manière naturelle, elle se remet à écrire, couche sur papier les émotions que lui procurent la « ville lumière » et la culture française.
Peu de temps après, des bonnes âmes conseillent à Marc Collin de la voir sur scène, alors qu’elle se produit dans un club. Conquis par sa voix et sa personnalité, il lui propose de collaborer au projet Hollywood Mon Amour puis de rejoindre la tournée de Nouvelle Vague sur scène et de participer au 3e album du collectif français.
Pendant trois ans, Nadéah arpente les scènes du monde entier. Habituée jusque-là à incarner face au public une tigresse rock, pas loin de PJ Harvey ou Juliette Lewis, elle se découvre une facilité à jouer de ses charmes, une aisance naturelle à interpréter les morceaux des autres en campant une femme fatalement sexy. Pendant qu’elle tourne avec Nouvelle Vague, elle peaufine les chansons de Venus Gets Even, toutes nées d’émotions ressenties et d’histoires vraies, parfois autobiographiques – “Pinot Noir & Poetry for Break- fast”, son “Fever” à elle, sur lequel elle réalise un numéro à la Marilyn, revient ainsi sur les trois mois de sa vie où, inspirée par l’air parisien, à peine levée d’une main elle s’emparait d’un verre de Pinot et de l’autre d’un livre de poésie ! (Depuis, rassurez-vous, elle s’est débarrassée de cette mauvaise habitude).
Bâties comme des courts-métrages ou des scènes de théâtre, ses compositions, qu’elles soient intrigantes, enjouées ou à même de mettre le bourdon (“An Asylum on New Year’s Eve” à propos d’une amie se retrouvant un 31 décembre dans un asile), se trouvent toutes habillées d’étoffe éclatante, d’arrangements entraînants et de formes séduisantes.
Depuis The Lovegods, Nadéah a changé de registre, mais elle a gardé en elle l’énergie débordante du rock et conserve plus d’affinités avec la remuante Feist ou Goldfrapp qu’avec les divas tristes du jazz. Quand elle installe des atmosphères plus intimistes, elle sait capter notre attention de son timbre de velours.
Accompagnée de sa formation cinq étoiles, elle va désormais s’em-ployer à mettre le feu à la scène. Et, entre deux morceaux pétaradants ou émouvants, le sourire aux lèvres, elle dévoilera sa philosophie et lâchera : “Whatever happens make something good of it”.