Disponible
Jeu 21 mars 2019
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Un artiste complet, un poète à l’écriture singulière.

PERSONA
Comme personnes.
Comme personnages.
Comme une percée, sous les masques.
Comme un sonar, des autres et de soi
Persona : tout personnel.

Persona est le sixième album de Bertrand Belin, treize ans après l’inaugural Bertrand Belin. Dans l’intervalle, il y a eu Cap Waller, Parcs, Hypernuit, La Perdue. Et autant de tournées, du cinéma aussi, du théâtre, des bandes originales, des collaborations-compagnonnages, deux romans – le troisième paraîtra en même temps que Persona. Mouvement incessant de celui qui cherche, sonde, songe, se pose et s’élance. Mouvement de vivant qui n’a de cesse de le rester. Bertrand Belin de Quiberon amarré à Paris depuis vingt ans, passe sa vie à passer des caps.

“Petit à petit, l’oiseau fait son bec, dit Bec, qui ouvre Persona. Et quand vient le soir/ Qui vient à coup sûr/ Il veut avoir dit quelque chose”. Faire sens, en somme. Et aussitôt, le doute : “A-t-il eu le temps seulement / Est-il un volcan dormant?”  En une phrase, surgie des douces nappes de synthétiseur, cette chanson courte se tend comme un arc, sur un risque d’implosion. “On annonce un été/ de canadairs/ de ciels embrasés de canadairs”, enchaîne la ballade hobo Glissé redressé. L’apocalypse, en somme, mais qui finit dans une envolée de violon pleine de promesses, “Je me suis redressé/ Dans la tombe marine de Portbou/Dans la rose blanche de Corfou/Fin du sable sale/ Fin des tessons/ Fin de ma faim d’animal/ Fin de maudire les saisons”. Tout Belin est là, dans cette tension entre dire et taire, dans cette danse entre se colleter le réel et le torpiller par la poésie, dans cette transe entre les faits et le fou, le dur et le doux, l’épure et l’épique, le sanglot et le swing. C’est avancer sur une ligne de crête.

Persona n’est pas une chanson de l’album mais le rassemble, le lie. Persona embrasse. Mais quoi, mais qui ? Comme toujours chez Bertrand Belin, on entrevoit des solitudes, des ruptures, des départs, des déclassements, thèmes totémiques. “Je n’ai pas envie d’enfermer mes chansons, leur ambiguïté est volontaire, dit Belin. Mes personnages ne sont jamais déclarés, ils flottent dans un monde sans vrai rebord, on ne sait pas leur âge, leur sexe, comment ils sont habillés, à quelle société ils appartiennent”. Seule certitude : il est des leurs. Persona est une arborescence de vies sur le fil ou “Sur le cul”, reliées par une attention fraternelle à l’humain qui vacille. Il n’est parfois que deviné, fragile point rouge qui danse la nuit dans les collines: “Il faut que cela soit quelqu’une ou bien quelqu’un/ Qui suit un sentier/ Quelqu’un de transi/ Quelqu’un qui fuit/ Qui cherche un pays/ Pour vivre/ Vivant/ De corps et d’esprit”.

La voix est tenue, contenue, mais guitares, claviers (Thibault Frisoni) et batterie (Tatiana Mladenovitch) sonnent l’alarme, l’urgence. On a l’impression de voir un gyrophare, et avec Bronze d’entendre une sirène : enregistré à Montreuil, mixé par Nicolas Delbart, Persona a de fait, tout du long, une amplitude de sons qui décuple la précision des mots, leur donne chair. On en frissonne jusqu’à l’échine sur Choses nouvelles, ce manque dit avec une douceur folle, amplifiée par l’écho aérien – “Je chéris ton cœur / Adoré”. Et parfois, les mots s’effacent, pour une échappée en volutes et nappes cristallines, c’est Vertical.

Persona danse avec les clochards célestes. Entre cendres et brasier, limbes et Belin.

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