Thomas Dutronc & Les Esprits Manouches

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Thomas Dutronc décroche la Note Bleue

Un chanteur musicien ou un musicien chanteur, meneur de troupe ou humble guitariste disciple du Dieu Django, rigolard ou sérieux, Thomas Dutronc est tout à la fois.
Comment ? Un chanteur jouant aussi bien qu’un professionnel de studio ? Clap Clap, bravo, on appuie sur play.

Une décontraction qui habille le niveau stratosphérique d’un groupe amoureux de ses instruments

S’il ne peut ranger au placard sa silhouette d’Antoine Doinel des années 2000 qui lui donne cet éternelle allure juvénile et photogénique, Thomas s’est pour ce disque mis à nu, sans concession aucune. Peu d’artifice, ce n’est pas le genre de la maison, juste faire passer l’esprit d’une équipe simplement réunie autour de l’amour de la musique, loin des poses. La mode ? Seulement pour le look, et encore.

Son dernier album “Live si Love” (sorti en septembre 2018) est la carte postale d’une longue tournée, avec en photo le meilleur pour les auditeurs, qu’on ne traite pas ici à la légère. L’astreinte au service du plaisir, suer pour mieux se régaler.

Chaque titre sélectionné patiemment sur une cinquantaine de dates à travers la France, en fait le meilleur enregistrement à ce jour d’un artiste et de son groupe, « Les esprits manouches ». Cerise sur le gâteau, s’est joint Rocky Gresset, 38 ans, phénoménal guitariste respecté de tous à travers le monde. Au violon brille toujours l’incomparable Pierre Blanchard, protégé de Stéphane Grappelli et de Martial Solal, redoutable complice de Thomas, un vrai violin-hero. Bref pas des manchots pour accompagner un artiste devenu passeur de légendes, au-delà du temps et des chapelles.
Au programme, de la musique qui survole les frontières, qui n’a pas besoin de se trahir pour voyager.

L’exigence totale d’un artiste en quête de perfection acoustique

C’est d’ailleurs ce son organique et brut qui propulse le disque au rayon des futurs classiques pour tester sa chaîne hifi : Les gitans sont dans votre salon et leur musique nous invite à la fête sans jamais oublier ce tendre naturel qui plait tant chez Thomas. De la musicalité oui mais loin de toute virtuosité gratuite et vulgaire. Ici on joue à un niveau international, avec un impressionnant bagage technique mais au sein d’une tribu toujours au service de la chanson et non l’inverse. L’égo est un jeu de débutant et il n’a pas sa place ici. La star, c’est le public et l’alchimie des notes, sans démagogie aucune.

Ce disque sonnerait-il la fin d’une époque ? Il en est incontestablement la synthèse la plus évidente, parée du plus beau des vernis. Après trois albums Thomas est cette fois-ci allé au bout de ses idéaux, sans crier victoire, sans fanfaronnade : Elégance garder. Tout comme la pochette, l’agencement des photos, la sortie du vinyle pour accompagner le CD. Ce n’est pas qu’on est contre la dématérialisation mais c’est un album à regarder, à toucher, à écouter, à offrir. Manouches et canapés velours peuvent s’entendre.

Si une chose frappe constamment dans l’enregistrement c’est bien le respect que Thomas Dutronc porte pour son groupe. Ce n’est jamais « le chanteur devant les autres derrière » et ce depuis ses débuts. Passer les premières années 2000 dans le groupe de Biréli Lagrène façonne un musicien. Rester fidèle à ses influences quand tout le métier attend pour signer un « fils de » n’est pas une chose banale. Il en est peu, voire pas du tout, qui apprennent dans l’ombre la musique auprès des plus grands, sans désir particulier de briller sous les projecteurs. Un vrai rebelle finalement Thomas, mais bien élevé, fait pour durer.


50% d’inédits qui sont autant d’évidences

Et le son dans tout ça ? Outre ses titres phares (« J’aime plus Paris », « Comme un manouche sans guitare ») on retrouve une bonne moitié d’inédits telle sa version de « Mademoiselle » offerte à Henri Salvador lors de son retour triomphal en 2000, le superbe « Rocking Chair » dont il signe le texte et une émouvante reprise du « Love » de John Lennon, pépite que les fans du binoclard anglais aiment d’amour. Le Monsieur connait ses classiques, son attachement pour les morceaux des années 20 à la fin des 70’s transpire à chaque note. Il n’y a donc pas que la caravane qui le hante mais toutes les musiques jouées par des êtres enclins à la réunion. Gitan ou rien, c’est pas pour lui. « Que reste-t-il de nos amours ? » chantait Charles Trenet, 75 ans plus tard Thomas en transcende le lyrisme et y apporte une émotion nouvelle aux relents intemporels, comme il le fait d’un thème de la Traviata de Verdi avec cette exigence artistique jamais prise au dépourvu. Du sérieux.

Cependant une nouveauté éclate aux oreilles, cette assurance au chant qui arrive à point nommé. Il faut dire que le garçon n’avait aucune intention de jouer des cordes vocales il y a encore quinze ans, les prouesses vocales le laissaient froid. Aujourd’hui c’est différent, l’expérience et le vécu lui ont transmis le goût des mots, sans perdre de sa nonchalance mais avec puissance et jolie plume. Et en filigrane cet humour détaché, qui pourrait passer comme faussement maladroit quand il l’est réellement. On vous l’a dit, pas de pose.

L’entrée chez Blue Note ou la récompense de vingt ans de travail acharné

« Live is Love » c’est l’envie de montrer ce qu’il est à 45 ans, sans jamais s’être compromis, en ne cessant de travailler son instrument avec acharnement sans être obligatoirement toujours au centre de l’attention. Le tout en prise direct, pas de retour oreillette ni esbroufe et trucages de studio. A l’ancienne sans être passéiste. Un honnête homme qui vit sa passion comme une aventure sans fin, faite de rencontres, de musique, d’amis, de moments à vivre ensemble. Cet album, c’est chez lui, c’est en lui.

Aujourd’hui Thomas Dutronc publie son plus beau disque qu’il produit lui-même et il le sort chez Blue Note, label ô combien légendaire : Quoi de plus logique pour un rêveur aux cordes sensibles ? The Finest in jazz since 1939 dit l’enseigne et c’est pas pour de faux puisque le label a signé les plus grands noms. Thomas entre dans la grande famille du jazz et sous les auspices de son président Don Was. Le Graal.

Ce n’est que le début de la suite des aventures d’un éternel jeune homme discret, perfectionniste, heureux, toujours à l’écoute des autres et on a déjà envie de le suivre.

Le bonheur n’est fait que pour être partagé, Live is love et on l’aimera longtemps, longtemps.

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