Stephan Eicher

Homeless Songs Tour

Disponible
Jeu 5 décembre 2019
Portes 19:30 / Début 20:30

« J’ai appelé ce recueil de chansons « Homeless Songs » ... Homeless, car ces chansons ne me semblent pas avoir leur place dans l’industrie musicale actuelle. Elles habitent ailleurs. Elles dorment dehors. Ce qui n’est nullement péjoratif à mes yeux, bien au contraire. Ces chansons sont de petits cailloux. De petits cailloux ramassés par un enfant au bord de la rivière. Pour un adulte, impossible de comprendre ce qui a guidé le choix de l’enfant. Était-ce la fraîcheur agréable de la pierre ? Un petit motif sur sa surface ? Une forme bizarre ou amusante ? Le hasard ?

Maintenant, tout ce que ces chansons peuvent souhaiter, c’est d'être entendues ; ce filet d'attention qui relie brièvement l'auditeur à la chanson, et à travers celle-ci, à moi et mes musiciens. Nous avons pris du plaisir à soigner ces instants de musique pour créer un moment de détente, un espace confortable, le temps d’une petite rêverie. Ou le top du top : pour susciter le sentiment d'être embrassé par la chanson. Ce serait merveilleux tant pour moi que pour les excellents musiciens qui m’entourent sur ce disque et cette tournée. »

Durant les années de blocage avec mon ancien label, j’ai continué d’écrire et enregistrer des chansons. Réfléchir, chercher, écrire, enregistrer : c’est ce que je fais de mes journées quand je ne voyage pas pour chanter devant un public. Cette période était difficile à vivre mais elle portait en elle un élément libérateur. Je me posais la question : comment sonne une chanson sans l’empreinte de l’autocensure ? Cette autocensure que je retrouve chez beaucoup de musiciens, et que je commençais à percevoir chez moi aussi ? La chanson doit plaire, on veut plaire, sans réfléchir, en acceptant un format imposé, on ne sait plus vraiment par qui ou pourquoi.

Les 45 tours nous ont apporté les chansons directes sans ‘chichi’, en format 3 minutes. 2 chansons séparées par des faces A et des faces B, parce que le support l’exigeait. Chuck Berry, Billie Holiday, Elvis, Nat King Cole: les radios ont adoré.

Les 33 tours nous ont amené les « storytellers ». 30 minutes divisées par 3 minutes par chanson. Encore une fois séparées par un geste physique, le disque doit être retourné… « L’album » était né et apportait des chefs d’œuvres : Blond On Blond, Sgt Peppers, Blue, Kinde od Blue, What’s Going On… Et puis dans un bureau au Japon, un directeur d’une monumentale industrie du divertissement a demandé à ses inventeurs de lui créer un format qui pouvait comporter la 9e symphonie de Beethoven, sans tourner le disque, sans craquement. Le CD, avec ses 74 minutes, apparaissait. Ces 74 minutes existantes, nous ont amené des concepts mais aussi le début d’une séparation entre la musique et les paroles. D’un côté tous ces enfants de Satie :  Enaudi, Eno, Oldfield, Nils Frahm, ou la techno, sans paroles. De l’autre, le rap. Au centre, l’attitude et les paroles, Grand Master Flash, Bone Thugs And Harmony, Busta Rhymes… (je ne suis plus si jeune ;)

Ces 2 tendances avec leurs ouvertures, leurs interludes, les pistes cachées… Et aujourd’hui, le streaming qui est en train d’établir un nouveau format. Serait-ce la playlist ? Des chansons pleines de saccharine, très courtes avec des fins frustrantes pour que l’auditeur retrouve une nouvelle fois le « hit » pour accumuler des streams ? Je ne sais pas… je reste curieux… mais entre-temps :  je me suis posé des questions : « Comment sonne une chanson sans les contraintes de durée ou de formatage pour les radios ? « Le refrain est-il suffisamment répété pour que ça accroche ? ».

J’ai remplacé ces contraintes par une modeste radicalité, en me posant d’autres questions : « A quoi ressemble une chanson porteuse d’une simple expression ou émotion ? » ; « Quand ai-je dis ce que j’ai à dire ? » ; « Et si j’ai envie de prendre le temps de tourner autour du pot » ; « Dans quel costume sonore ? ». Ou, selon la formule surréaliste du musicien et producteur Martin Gallop : « Comment sonne un chef-d’œuvre d’humilité ? ».

Stephan Eicher
Camargue printemps 2019

Lire la suite
Lieu
Genre
Site internet
Réseaux sociaux
Partage